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L'auteur

Dimitri Friedman est écrivain et journaliste. 

Fondateur de l'édition française de Foreign Policy, il a été rédacteur en chef de L'Essentiel des relations internationales, collaborateur  pour les magazines Vogue et CB News.

Il développe un oeuvre située entre mémoire et fiction. 

Il est notamment l'auteur de :

La planète de Jacob Ginzburg (2025),

Le dernier souffle de Phoolan Devi (2012),

Cuba Carnets de voyage ,avec Jacques Denarnaud (1998)

Son nouveau roman, Les Cendres est en préparation. 
Il est également l'auteur de nouvelles, d'une pièce de théâtre et d'autres textes. 

Un piéton dans la ville : « Parfois je me demande, si la nostalgie n’est pas la pire des illusions. Je jette un coup d’œil en arrière, sur cette table en bois tâchée d’encre où je gravais mon nom dans les années cinquante, sur cette impasse où j’habitais, où je jouais au foot avec Patrick et Mohammed sans nous insulter, jusqu’à ce que la nuit tombe sur Paris. … À l’école de la rue Servan, j’ai attrapé le virus de la laïcité. Du côté de la rue Sedaine, j’ai passé des après-midis entières chez ma grand-mère Signora, princesse de Salonique et ressenti mes premiers émois littéraires avec le chevalier de Pardaillan et Hector de Troie. Je me suis laissé bercé par les westerns de John Ford au cinéma de la place Saint-Ambroise, par les claquettes de Fred Astaire à celui de l’avenue Mac-Mahon … J’ai exercé divers métiers : repasseur, vendeur au Carreau du Temple, démarcheur en publicité, producteur de musique, et journaliste aux quatre coins de la planète. De La Havane jusqu’en Uttar Pradesh, j’ai compté les étoiles de mes mots. Et en y réfléchissant bien, j’ai aussi dû séjourner à Belz, Braslav ou Czernowitz, dans une vie antérieure… en compagnie du prince Mychkine. »

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Dimitri Friedman

Mes livres précédents

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  Lorsqu’il s’agissait de cacher ses faiblesses, Jacob Ginzburg savait s’y prendre. Il serrait les dents et récitait dans sa tête un extrait du Livre de Job ou des Psaumes, une habitude qu’il tenait sans doute de son père Abram qui avait vécu avec la Bible dans sa poche, avant de disparaître un jour sans laisser de traces. Ce jour-là après son cours du matin, il déjeuna dans le Quartier Latin avec une de ses étudiantes pour parler du mémoire qu’elle écrivait sur Althusser. Voir une jeune femme avaler un morceau de viande, la pointe tendue de ses seins sous le mince voile de coton était depuis longtemps un de ses passe-temps favoris. Après avoir fait l’amour chez elle, il décida de rentrer à pied jusqu’à son domicile rue de Belleville. Il marchait d’un cœur léger, porté par la pensée des mandarins qui foulèrent les pavés du boulevard Saint-Michel avant que d’en être chassés un soir de mai, respirant les odeurs charriées par la Seine entre les îles de la Cité et Saint-Louis, bercé dans le Marais par la piété israélite, pensant à Agnès, sa femme, qu’il aimait par-dessus tout ainsi qu’à leur fille Romane.

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  La première balle ne lui a pas fait mal. Tout juste l’a-t-elle étonnée et un peu assourdie. Son premier réflexe, celui qu’elle avait oublié depuis longtemps a été de chercher son fusil qu’elle ne quittait jamais, mais il n’y a plus de fusil, ni de jungle, de traque, de coups de mains, d’amour fou et de solitude. La deuxième balle lui a fracassé l’épaule et l’a fait pivoter sur elle-même. Son regard a embrassé le décor d’un lacis de ravines avant de se poser sur un point du trottoir. Là où elle choisira de tomber elle mourra, là où elle veut.

Autour d’elle, c’est la ville de Delhi. Les rickshaws se bousculent parmi les vaches et les chiens errants et les mourants que des ambulanciers emmènent d’urgence à l’hôpital, terrassés par la chaleur.

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